Corinne dit ChuChu

« (…)S’il est urgent socialement d’entendre la parole du fou et que le monde lui restitue la place qu’il ou elle a entendue occuper. A mes yeux, il n’y aurait qu’un anarchiste ou une anarchiste capable de cela. Pour tous les autres, la menace est trop grande, car si l’on entend la parole sociale du fou, alors je suis bien convaincue que tous les groupes et clans de toutes sortes éclatent. Après je ne sais pas ce qui se passe.) »

« (…)Cette idée qu’il y aurait une réalité commune, cela me pose souci. Je m’interroge sans pouvoir répondre sur la soi-disant réalité. Bien sûr si on délire, je comprends que l’on a quitté un monde. C’est pour cela que je dis plus haut que j’ai bien voulu rejoindre les autres, c’est-à-dire ceux et celles qui vivent dans ce monde ci, présent. Mais y-a-t-il vraiment une réalité qui serait commune à tous et toutes ? Alors tous ceux qui n’y sont pas, que deviennent-ils ? Comment sont-ils considérés ? Doivent-ils rester en marge comme souvent on aime à les y placer. Je pense plutôt qu’une majorité décide d’une réalité qu’ils jugent objective et qu’ils mettent à l’écart tous ceux qui n’y sont pas moulés. »

« (…)L’histoire de ma folie n’est pas une triste histoire et les fous ne sont pas des morts. Je n’ai pas beaucoup de connaissances des livres de Louise Michel, mais j’ai lu il y a des années une phrase que j’ai toujours gardée en moi. Je crois que c’est une femme qui a su être d’une très grande et belle humanité. L’humanité, c’est un sujet que je veux bien approfondir. J’ai lu ses contes dernièrement. Et non l’on ne se moque pas des gens (la veille chéchette) et non l’on ne rit pas d’eux (la famille Pouffard). »

« (…)Beaucoup de gens se retrouvent seul(e) en psychiatrie. Plus de famille, plus d’amis.

Pour l’entourage, certains doivent être des reproches vivants. Je n’ose pas imaginer l’enfer qu’ils doivent traverser.

Un jour, je me promène avec ma mère dans un petit parc. Un homme marchait et parlait tout haut tout seul. Ma mère a un peu peur de tout ça. Alors je lui dis  « ok on tourne à droite ». Ben il a peut-être fait le contour à l’envers. Enfin bon, au bout du petit chemin, il est à nouveau là. Je dis à ma mère « on ne l’évite pas et on lui dit bonjour ». Donc je poursuis le sujet de discussion que nous avions entamé avec ma mère. Au moment de le croiser je cherche son regard pour le saluer. Il plante son regard dans le mien et on se dit bonjour. Le moment a été très beau. Son regard était d’une présence et d’une lucidité totale. Un peu légèrement rieur peut-être Il quittait dans la rencontre son monde à lui où il est peut-être ou sans doute seul. »

Chuchu in « Nous n’en finissons jamais d’être humain ». 2014.

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